Lois et veille juridique droit de la copropriété

Droit de la copropriété : où faire sa veille quand on dirige un syndic ?

Diriger un cabinet de syndic suppose de connaître le droit de la copropriété. Mais pas seulement.

Le gérant doit suivre les règles applicables aux copropriétés qu’il administre, les conditions d’exercice de sa propre profession et, dès qu’il emploie du personnel, une troisième réglementation : celle de l’employeur.Une modification du contrat type peut toucher la facturation du cabinet. Une évolution de la loi du 10 juillet 1965 peut modifier une procédure d’assemblée générale. Une obligation nouvelle concernant les immeubles peut créer une action à réaliser sur une partie du portefeuille. Une évolution de la convention collective peut, elle, concerner directement les salariés du cabinet.

Le problème n’est donc pas de trouver de l’information. Il y en a énormément. Le problème est de savoir quelles sources surveiller, quelle information fait autorité et comment transformer une évolution réglementaire en action dans le cabinet.

Pour un gérant de syndic, la veille juridique ne consiste pas à tout lire. Elle consiste à savoir ce qui a changé, quelles copropriétés ou quels salariés sont concernés et ce qu’il faut modifier dans les pratiques.

Le droit de la copropriété ne se trouve pas dans un seul texte

La première référence reste la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965. Elle pose le statut de la copropriété des immeubles bâtis et organise notamment les rapports entre le syndicat des copropriétaires, le conseil syndical, l’assemblée générale et le syndic.

Pour un gérant de syndic, son article 18 est évidemment central. Il définit une grande partie des missions du syndic : exécution du règlement de copropriété et des décisions de l’assemblée générale, administration et conservation de l’immeuble, tenue de certains documents, immatriculation, information des copropriétaires, gestion comptable et financière, établissement du budget prévisionnel, tenue des comptes et ouverture des comptes bancaires du syndicat.

Mais lire uniquement la loi de 1965 serait insuffisant. Son application repose largement sur le décret n° 67-223 du 17 mars 1967. C’est notamment là que l’on retrouve de nombreuses règles opérationnelles concernant le fonctionnement de la copropriété, les assemblées générales et l’exercice des missions du syndic.

Premier réflexe : lorsqu’une question concerne directement les pouvoirs, obligations ou procédures du syndic, partir du texte consolidé sur Légifrance plutôt que d’un article trouvé sur Google. Les fiches pratiques sont utiles pour comprendre. Le texte en vigueur reste la référence pour vérifier.

Un syndic professionnel relève aussi de la loi Hoguet

Le droit applicable à l’immeuble et le droit applicable au professionnel sont deux choses différentes.

Pour exercer professionnellement l’activité de syndic, le cabinet entre également dans le champ de la loi n° 70-9 du 2 janvier 1970, dite loi Hoguet, et de son décret d’application du 20 juillet 1972.

C’est une autre couche de conformité. Elle concerne l’exercice de la profession elle-même : carte professionnelle, aptitude, garantie financière, responsabilité civile professionnelle, mandats ou encore registre des mandats.

Le décret de 1972 prévoit notamment une carte portant spécifiquement la mention « Syndic de copropriété ». Il impose également au titulaire de cette carte, ou à son représentant légal ou statutaire lorsqu’il s’agit d’une personne morale, de tenir sous sa responsabilité un registre chronologique des mandats.

Un cabinet peut être à jour sur le droit de la copropriété et néanmoins être en défaut sur une obligation propre à l’exercice professionnel du métier.

Qui sont les autorités et sources à suivre ?

Toutes les sources n’ont pas le même rôle. Certaines publient le droit. D’autres contrôlent son application. D’autres encore le rendent compréhensible ou accompagnent les entreprises dans leurs obligations.

SourceÀ quoi elle sertQuand la consulter
LégifranceLois, décrets, arrêtés, codes, conventions collectives et versions consolidées.Pour vérifier la règle applicable et sa version en vigueur.
Service-Public.frFiches officielles expliquant les obligations et démarches.Pour obtenir rapidement une lecture opérationnelle d’une règle.
DGCCRFContrôle notamment certaines obligations des syndics, le contrat type, les prestations et la facturation.Pour comprendre les points réellement contrôlés et les anomalies constatées.
ANIL / ADILInformation juridique spécialisée sur le logement et la copropriété.Pour approfondir une question de copropriété et suivre ses évolutions.
CCICarte professionnelle et formalités liées à l’exercice des professions immobilières.Pour la carte professionnelle, son renouvellement et les formalités professionnelles.
UrssafCotisations, déclarations sociales, embauche et obligations sociales.Dès que le cabinet emploie du personnel.
CNILProtection des données personnelles des copropriétaires, prospects, fournisseurs et salariés.Pour le RGPD, les accès, durées de conservation et traitements de données.

La DGCCRF est une source particulièrement intéressante pour un gérant

Les textes disent ce qu’il faut faire. Les contrôles montrent souvent où les professionnels se trompent réellement.

C’est pourquoi les publications de la DGCCRF consacrées aux contrôles des syndics méritent une place spécifique dans la veille du dirigeant.

Lors de son enquête portant sur les années 2021 et 2022, la DGCCRF a contrôlé 457 syndics. Des anomalies ont été relevées dans 313 établissements. Parmi les sujets examinés figuraient notamment le respect du contrat type, la rémunération forfaitaire, les prestations particulières, les conditions légales d’exercice de la profession et l’information précontractuelle.

Ce type de publication est précieux parce qu’il transforme une réglementation abstraite en points de vigilance concrets. Le contrat utilisé par le cabinet est-il encore exactement conforme ? Une prestation facturée en supplément peut-elle réellement l’être ? La fiche d’information tarifaire est-elle correcte ? Les collaborateurs concernés disposent-ils des habilitations nécessaires ?

Pour faire une bonne veille, il faut lire les nouvelles obligations. Pour faire une excellente veille, il faut aussi regarder les erreurs que les autorités retrouvent chez les professionnels déjà contrôlés.

Carte professionnelle : ne pas gérer l’échéance au dernier moment

La carte professionnelle n’est pas une formalité à ranger dans un dossier jusqu’à son expiration. Elle doit être intégrée au calendrier de conformité du cabinet.

La carte est valable trois ans. Le décret du 20 juillet 1972 prévoit que la demande de renouvellement est présentée deux mois avant sa date d’expiration.

Le renouvellement est également lié au respect de l’obligation de formation continue. Le décret du 18 février 2016 relatif à la formation continue des professionnels de l’immobilier fixe une durée de quatorze heures par an ou quarante-deux heures au cours de trois années consécutives d’exercice.

Cette obligation concerne notamment le titulaire de la carte ou le représentant légal ou statutaire de la personne morale, les personnes dirigeant certains établissements, succursales, agences ou bureaux ainsi que les personnes habilitées par le titulaire de la carte à négocier, s’entremettre ou s’engager pour son compte.

La formation n’est donc pas seulement un sujet RH. Pour certaines personnes du cabinet, elle participe directement au maintien des conditions d’exercice de l’activité.

Les salariés ajoutent une deuxième veille réglementaire

Dès que le cabinet devient employeur, suivre uniquement l’actualité de la copropriété ne suffit plus.

Le dirigeant doit également suivre le droit du travail, les obligations sociales et la convention collective applicable à son entreprise. Pour les entreprises relevant de son champ d’application, la Convention collective nationale de l’immobilier – IDCC 1527, brochure 3090 devient une source essentielle.

Elle traite notamment des classifications, rémunérations minimales, ancienneté, temps de travail, congés, formation et différentes règles propres à la branche. Le bon réflexe reste néanmoins de vérifier la convention effectivement applicable à l’activité principale de l’entreprise, ce que permet également le service officiel de recherche de convention collective.

À chaque embauche, les obligations commencent avant l’arrivée du salarié

La déclaration préalable à l’embauche est obligatoire pour les salariés concernés et doit être réalisée avant leur prise de fonction. L’Urssaf détaille la procédure de DPAE et les formalités qu’elle permet d’engager.

Mais l’embauche ne se résume évidemment pas à la DPAE. Contrat, registre unique du personnel, paie, mutuelle, prévoyance lorsqu’elle s’applique, suivi du temps de travail et obligations d’information doivent être intégrés au processus RH du cabinet.

La santé et la sécurité ne concernent pas seulement les métiers physiques

Un cabinet de syndic reste un employeur. À ce titre, il doit évaluer les risques professionnels et prendre les mesures nécessaires pour protéger la santé et la sécurité de ses salariés.

Le document unique d’évaluation des risques professionnels et les obligations de prévention ne doivent donc pas être considérés comme des sujets réservés aux entreprises industrielles ou du bâtiment.

Dans un cabinet, les risques peuvent être différents : travail sur écran, charge mentale, déplacements, visites d’immeubles, situations conflictuelles, chutes lors de visites techniques ou organisation du travail.

L’entreprise doit également organiser le suivi de santé de ses salariés en adhérant ou en mettant en place, selon sa situation, un service de prévention et de santé au travail.

Les seuils d’effectif changent les obligations

La croissance du cabinet peut elle-même déclencher de nouvelles obligations. L’exemple le plus connu est le comité social et économique. À partir des conditions d’effectif prévues par le Code du travail, sa mise en place devient obligatoire. Pour une entreprise de 11 à 49 salariés disposant d’un CSE, les règles de fonctionnement et de réunion sont notamment détaillées par Service-Public.fr.

Un gérant devrait donc regarder son effectif non seulement comme un indicateur RH ou économique, mais aussi comme un indicateur réglementaire.

Le RGPD est aussi un sujet de syndic

Un cabinet manipule énormément de données personnelles : noms et coordonnées des copropriétaires, coordonnées bancaires, informations liées aux impayés et contentieux, données de fournisseurs, dossiers de salariés, candidatures, accès aux logiciels et parfois des informations particulièrement sensibles selon les situations rencontrées.

La conformité ne consiste pas uniquement à afficher une politique de confidentialité sur le site internet. Elle concerne les finalités des traitements, les personnes ayant accès aux données, leur sécurisation, leur durée de conservation et la manière dont les droits des personnes sont exercés.

La CNIL constitue la référence sur ces questions. Elle publie également des ressources spécifiques concernant la gestion des données des salariés.

Point de vigilance : dans un cabinet très digitalisé, la question n’est pas seulement « où sont stockées les données ? ». Il faut également savoir qui peut voir quoi, pourquoi cet accès existe et ce qui se passe lorsque le collaborateur quitte l’entreprise.

Ce qu’il faut réellement surveiller toute l’année

Une veille efficace ne devrait pas fonctionner uniquement lorsqu’une réforme importante fait parler d’elle. Une modification apparemment mineure peut avoir davantage d’impact opérationnel sur un cabinet qu’une grande loi largement commentée.

Zone de veilleCe qu’il faut surveillerRisque pour le cabinet
CopropriétéAG, majorités, documents, travaux, fonds travaux, comptabilité, immatriculation, informationProcédure ou gestion non conforme
Contrat de syndicContrat type, forfait, prestations particulières, fiche tarifaireFacturation indue ou contrat non conforme
Exercice professionnelCarte, garantie financière, RCP, habilitations, registre des mandatsDéfaut de conformité professionnelle
FormationHeures réalisées, personnes concernées, attestationsDifficulté lors du renouvellement de la carte
SocialConvention collective, minima, classifications, paie, effectifs, temps de travailNon-conformité employeur
Santé et sécuritéDUERP, prévention, médecine du travail, accidentsResponsabilité de l’employeur
DonnéesRGPD, accès logiciels, conservation, sécurité, départ des salariésFuite, accès indu ou traitement non conforme

La veille ne doit pas rester dans la boîte mail du gérant

C’est probablement le point organisationnel le plus important.

Recevoir une newsletter juridique n’est pas faire de la veille. Lire qu’un décret a changé n’est pas non plus mettre le cabinet en conformité.

Chaque évolution importante devrait déclencher une question très simple : qu’est-ce que cela change chez nous ?

Une modification peut nécessiter de mettre à jour un modèle de convocation, un contrat de syndic, une procédure comptable, un paramétrage du logiciel, une fiche tarifaire, une information remise aux copropriétaires, une procédure RH ou une formation des équipes.

La veille devient utile lorsqu’elle descend jusqu’au process.

Une réglementation lue mais non traduite dans les procédures du cabinet reste une information. Pas une mise en conformité.

Une méthode simple : source, impact, responsable, preuve

Il n’est pas nécessaire de créer une usine à gaz. Pour chaque évolution réglementaire significative, quatre informations peuvent suffire.

La première est la source : quel texte ou quelle autorité est à l’origine de l’information ? La deuxième est l’impact : quels mandats, procédures ou salariés sont concernés ? La troisième est le responsable : qui doit modifier le process ou vérifier son application ? La quatrième est la preuve : comment le cabinet pourra-t-il démontrer que la modification a effectivement été appliquée ?

Cette dernière question est souvent oubliée. Pourtant, disposer d’une procédure à jour, d’un registre correctement tenu, d’une attestation de formation, d’un modèle daté ou d’un contrôle documenté permet de passer d’une conformité supposée à une conformité vérifiable.

Le tableau de bord réglementaire du gérant de syndic

À minima, le dirigeant devrait pouvoir connaître à tout moment les prochaines échéances de sa carte professionnelle, de sa garantie financière et de son assurance responsabilité civile professionnelle, l’état des formations obligatoires, les habilitations de ses collaborateurs, les évolutions de la convention collective, les obligations liées à son effectif et les principaux changements réglementaires ayant un impact sur son portefeuille.

Il devrait également pouvoir identifier les procédures internes modifiées à la suite d’une évolution réglementaire récente.

Ce tableau de bord n’a pas besoin de contenir le droit de la copropriété. Il doit contenir ce que le droit oblige le cabinet à surveiller ou à faire.

Attention aux articles anciens qui restent parfaitement référencés

C’est un piège classique de la recherche juridique sur internet.

Un article peut être extrêmement bien positionné sur Google et expliquer correctement le droit tel qu’il existait au moment de sa publication. Cela ne garantit pas que toutes ses informations soient encore applicables aujourd’hui.

Pour une décision opérationnelle importante, il faut donc regarder la date de publication, rechercher les éventuelles mises à jour et, lorsque le point est sensible, revenir au texte consolidé disponible sur Légifrance.

C’est particulièrement important en copropriété, où la loi de 1965 et son décret d’application ont été modifiés à de nombreuses reprises.

Rester à jour est finalement un sujet de process

Un gérant de syndic n’a pas vocation à devenir avocat, juriste en droit social, expert RGPD et spécialiste de chaque texte technique applicable aux immeubles.

Il doit en revanche construire une organisation capable de détecter une évolution, de la faire qualifier par la bonne source ou le bon conseil lorsqu’elle le nécessite, puis de la transformer rapidement en modification opérationnelle.

La conformité d’un cabinet ne repose donc pas uniquement sur la connaissance du dirigeant. Elle repose aussi sur la qualité de ses procédures, la formation de ses équipes, la documentation de ses contrôles et sa capacité à maintenir ses pratiques à jour.

Le droit change. Les process doivent suivre.

Dans un cabinet de syndic, une nouvelle obligation finit presque toujours quelque part dans l’opérationnel : un document à produire, une donnée à contrôler, une échéance à respecter, une écriture à traiter, un collaborateur à former ou une procédure à modifier.

NOUILA : notre périmètre est la production comptable des syndics professionnels. Notre rôle n’est pas de remplacer le conseil juridique du cabinet, mais de faire en sorte que les exigences qui touchent la production comptable puissent être traduites dans des process fiables, suivis et reproductibles.

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